mercredi 6 janvier 2010

Le "tsar" des rémunérations


Un article m'a passionné dans la dernière édition du New York Times magazine. Ce long papier raconte en détail le travail de Kenneth Feinberg, le juriste nommé à la mi-2009 par Obama pour fixer les salaires des 100 directeurs des banques passées sous le contrôle de l'Etat.

La question peut paraître pénible voire un tantinet décalée à l'heure actuelle -d'autant que la deuxième déflagration de la crise financière est attendue à partir de la fin janvier- mais elle est d'importance : combien vaut un banquier ?

Le principe du capitalisme financier qui déployait ses ailes jusqu'à la crise se veut simple, radical, à défaut d'être juste, : on paye au mérite et à la rareté. On a pu ainsi voir des rémunérations, bonus compris, pouvant atteindre des centaines de millions de dollars.

(En 2008, le salaire moyen des patrons était égal à 275 fois le salaire annuel moyen d'un Américain contre 24 fois voici cinquante ans.)

De ce point de vue, les illustrations de l'enquête du NYT magazine me paraissent bien senties.



Face à la colère de la rue ("main street") , notre homme Kenneth a dû faire preuve de diplomatie et de fermeté.

L'article raconte l'exercice d'équilibriste. Il a dû montrer à la rue qu'il n'est point de crime (en tout cas, de faute financière) qui reste impuni. Mais qu'il saque les salaires des dirigeants et une bonne majorité d'entre eux risque de faire leurs valises dans les six mois et ainsi de couler (une seconde fois) leur banque. Or, le système a besoin d'eux car l'objectif final est que les banques remboursent l'Etat, donc le peuple. Dilemme.

Petite parenthèse sur Kenneth. L'homme est avocat (très riche grâce à son cabinet, il a refusé d'être payé pour le job) et c'est lui qui a été chargé, après le 11 septembre 2001 de déterminer les compensations financières pour les victimes des attentats. Un travail similaire : combien vaut une vie ?

Bref, Kenneth est habitué à ce genre d'exercice d'équilibriste. Dans le cas des banques, sa stratégie
a été de proposer un plan de rémunération nettement inférieur aux standards en cours puis de demander à celles-ci leurs contre-propositions et enfin d'arbitrer.

L'article précise que Kenneth a été surpris du décalage entre le monde des banquiers et celui de l'Américain moyen. Il a été inondé sous les contre-propositions : plus de 2700 pages de commentaires, de tableaux en tous genres pour demander plus d'argent, justifier une rémunération fixe plus importante pour couvrir les frais d'entretien de trois maisons...

Sous ces tonnes de commentaires, se dégage une philosophie de base : "Je veux autant que mon voisin".

Au final, Kenneth a décidé d'allouer à chaque dirigeant un salaire de base minimum annuel (500 000 dollars) plus un bonus en actions de leur société. Finesse, ils ne pouvaient vendre leurs actions que deux ans après les avoir touchées. D'où l'intérêt d'être performants.

Qu'arriva-t-il après les grincements de dents? Deux banques (Wells Fargo et City Group) ont déjà remboursé quelque 45 milliards de dollars avancés par l'Etat américain et se sont donc dégagés de la tutelle de Kenneth pour fixer les salaires de leurs patrons....

Et le journaliste d'espérer, en conclusion de son article, qu'on demande à cet as de la médiation de conseiller les conseils d'administration pour fixer à l'avenir des rémunérations plus "justes".

Mais puisqu'on nous assure que le bout de la crise ne devrait plus tarder (et donc que les choses devraient repartir comme avant), Kenneth risque d'attendre encore longtemps le coup de fil...


Et la liste des "angoisses infimes du blogueur"
- Sujet compliqué : je fais ou pas ?
- C'est clair ou pas ?
- C'est quoi leurs thèmes de prédilection ?

(Maintenant, à vous de jouer)

8 commentaires:

ariana lamento a dit…

ouais, c'est clair, c'est bien, dans une prochaine vie je serai banquière pour m'acheter un basson baroque.

Yibus a dit…

@ Ariana : ça te permettra de faire marcher tes employés à la baguette.

C'est Alice ! a dit…

Kenneth, il ne doit pas se marrer tous les jours, dans son boulot !Pi il doit pas se faire que des amis non plus ! C'est triste :(

Montana a dit…

Je comprends ton angoisse du blogueur à l'instar de Mistinguette qui clamait au public "Les ai-je bien descendus ?". Oui, il y a un peu beaucoup de ça dans ces propos ;)))

Homéo a dit…

tu as bien fait de l'écrire, j'ai presque compris que le sujet n'était ma prédilection !
tu ne veux pas essayer un scrap' avec la photo de Kenneth (j'adore ce prénom je l'ai toujours associé à l'économie.... je cherche et je ne sais pas pourquoi !)

Yibus a dit…

@ C'est Alice : c'est lui qui a demandé à le faire, ce boulot. Je trouve ça passionnant les questions qui se se posées à lui. Comment fixer un salaire ? Quelle est la valeur de ces homems auparavant cotés sur le marché libre de la finance (comme des joueurs de foot) ?
Triste, non... Quant aux amis, quant on est avocats comme lui, on doit être habitué à se faire un paquet d'enemis !

@ Montana : une coquetterie, sans aucun doute (car je ne descends pas aussi bien les marches que la jf que tu cites... Qouique...).
Mais j'ai retrouvé les questions que je me posais quand je traitais d'informatique et de choses très techniques pour des lecteurs pas forcément au fait (faire oeuvre de pédagogie.
Et pour paraphraser Dalida... "Je suis comme le bon dieu m'a faite et c'est très bien comme ça" (comme disait Mistinguett)

@ Homéo : tu as compris que l'économie ne te bottait pas parce que tu as compris le sujet (et que l'éco continue à te gaver) ou parce qu'il n'était pas assez clair ?

Kenneth... Ca doit être à cause de l'économiste John Kenneth Galbraith...

(Pas Kenneth Branagh, non).

Pascal a dit…

je m'incruste dans ces commentaires, juste pour dire que j'ai fait un grand tour dans tes DEUX blogs, JB. Chouette !
Bises,
pascal

plumevive a dit…

angoisses... infimes ou intimes ?

"je suis pas déplacée ?"
"je suis pas too much ?"
"je leur manque ?"
(oui, un micro poil de nombrilisme, quand même, on est blogueur ou on ne l'est pas)