jeudi 28 janvier 2010

L'attrape-dollars


Le tourbillon de l'actualité me rattrape de son souffle chaud et puissant. Encore une fois. Il aura ma peau. Pressé par madame de délaisser l'Europe élargie des derniers billets ("L'Islande, Barcelone... Tu es bien gentil mon chéri, mais on habite aux USA... Ecris local, c'est ton destin !), je m'apprêtais à rédiger un de ces petits feuillets bien sentis sur un drôle d'écrivain. Le patron d'une multinationale des mots.

Quand paf ! Tombe la nouvelle de la mort de J.D. Salinger. Et là, c'est drôle parce que mes deux hommes, Salinger et Patterson (le drôle d'écrivain) ont publié leur premier bouquin dans la même maison d'édition.

C'est leur seul point commun. Pour le reste, il n'y a pas plus opposés que ces deux-là. D'un côté, Salinger l'ermite, le romancier qui n'a rien publié depuis 1965, exécrable père aux dires de sa fille, celui dont "l'attrape-coeurs" est devenu un des classiques du 20ème siècle (vendu à 60 millions d'exemplaires). Et dont on attendait un ultime texte, une dernière pensée, qui n'est jamais venue.

J.D. Salinger, tellement vénéré par les ados du monde entier qu'il a inspiré une des chansons les plus cul-cultes d'Indochine.

(Entre parenthèses, je préfère les nouvelles de "Franny et Zoey" (Editions Robert Laffont, couverture verte, grain de la couverture épais comme de la toile à tableau.... Mmmm)).

Autant le terrible J.D.S. était avare de ses lignes (il n'a jamais répondu aux lettres de ses admirateurs), autant James Patterson (notre zigoto) déverse des fleuves de mots sur le monde entier depuis une grosse quinzaine d'années. Que dis-je, des fleuves de verbes, des torrents d'action, du suspens à n'en plus finir. Cet homme, c'est la Chute du Niagara de la prose contemporaine, un million de mots deversés chaque année dans la tête des lecteurs, au bas mot.

(J'adore ces photos du dernier NY Times magazine qui lui consacre un portrait, tellement représentatives du travail de l'homme-mots).


Pensez donc, rien que l'année dernière, il a publié neuf romans, dans des genres différents, sautant allègrement du thriller au gore, du roman "jeune adulte" au policier le plus classique.
Sa recette ? La co-écriture. James Paterson, ancien président d'une grosse boîte de comm' américaine, a publié son premier best-seller en 1993. Dès ce moment, il comprend le devenir de l'édition américaine. Il conseille à son éditeur de faire un méga-battage publicitaire. Le livre devient un best-seller. C'est le début de l'aventure.

Au fur et à mesure qu'il se diversifie, il recrute des co-auteurs (cinq à ce jour), qu'il a l'élégance de faire figurer sur la couverture de ses bouquins. A eux l'écriture du synopsis, l'enchaînement des chapitres, les dialogues. Il corrige, précise une action, affine le portrait d'un personnage, réécrit un passage, simplifie aussi.


Ses chapitres sont courts (deux pages maximum), il n'hésite pas à faire très très gore, les personnages sont peints à la tronçonneuse, ce qui simplifie les traits, vous en conviendrez.

Mais le plus important, à ses yeux, c'est que sa "littérature d'aéroport" (c'est l'expression américaine) se vend comme des petits pains. Ces dernières années, les ventes additionnées de Grisham, Brown et King n'arrivent pas à la cheville de celles de Patterson.


Il dit qu'il fabrique des histoires qui parlent aux gens dans un style lisible (il a 23 bouquins en cours). Stephen King, pourtant pas le méchant bougre avec ses collègues, dit de lui que c'est un "écrivain horrible".

Pensée de James Patterson : "Si vous voulez écrire pour vous-même, tenez un journal. Si vous voulez écrire pour quelques amis, faites un blog. Mais si vous voulez écrire pour une foule de gens, pensez un peu à eux. Qu'est- ce qu'ils aiment ? Quels sont leurs besoins ? Beaucoup d'Américains traversent leur journées comme des zombies. Ils ont besoin d'être divertis. Ils ont besoin de ressentir quelque chose."


Et la liste des "écrivains d'un livre"
- Alain-Fournier
- Raymond Radiguet

(Maintenant, à vous de jouer)

7 commentaires:

Homéo a dit…

je n'ai pas lu l'attrape coeur, ni les nouvelles , ni Patterson...........
Pour l'écrivain je dirai "Moi christiane F ...." ok c'est pas elle l'auteur mais quand même, ou alors Anne Frank ....
C'est le silence du lieu de culte qui me fait penser à elles :(

Yibus a dit…

@ HOMÉO : quoi qu'est-ce ??? Le silence du lieu de culte ? No comprendo.
Hum, Christiane F., bizarre, je ne l'ai lu que cet été alors que les copines en parlaient alors qu'on était en 5ème (1981)...
Et Anne Franck, oui, en effet, la jeune fille d'un seul livre. Mais quel symbole (et quel livre, au-delà du symbole).

Homéo a dit…

"ta voix fasse silence, que tu te sentes, finalement, comme un enfant dans une cathédrale. En présence des anges." Dixit Yibus !

nathinphoenix a dit…

ouaif... suis pas sure que Montherlant, Maupassant, Flaubert... etc, aient ecrit pour quelqu'un.
Si cette litterature passe a la posterite, j'me mord un oeil !
Bon ben toi t'ecris pour qui ????
Bon week-end !

plumevive a dit…

y'en a aucun qui me vient à l'esprit, mais doit y en avoir plein, non, des écrivains qui ont pondu qu'un seul livre ?

Yibus a dit…

@ Nath : pour être lu (et puis, j'ai toujours un ou une lectrice dans la tête quand j'écris).

@ Plume vive : euh oui, à toi de chercher (j'ai déjà fait l'effort, miss, j'en ai trouvé royalement... deux).

Chloé Radiguet a dit…

En fait, Radiguet n'est pas l'homme d'un seul livre : il laisse deux romans, "Le Diable au corps" et "Le Bal du comte d'Orgel", ainsi qu'un essai intitulé "Règle du jeu", et des recueils de poèmes, de courtes pièces de théâtre, des contes et des nouvelles, etc.
Amicalement, Chloé Radiguet