jeudi 28 février 2008

Trump City (1)

Ce fut un séjour parfait. C'est-à-dire deux jours imparfaits, comme on les aime, avec des taches, des éclats de peinture, des bâtiments délabrés et des éclaboussures. Du déglingué. On a eu du soleil, du vent, de la pluie, de la mer, peu de touristes, des endroits sauvages, des roseaux, des canards en bois, des kilomètres de routes avec sur les côtés, des milliers de maisons à louer pour l’été, des rues avec tellement peu de gens qu’on pariait qui allait apparaître pour ne pas s’endormir, des ponts sur le soleil couchant… Et des panneaux géants -comme en Amérique, quoi-, des parkings à moitié remplis de maxi-limousines, et des planches et des lumières rouges le soir. Et des casinos.

On est allé à Atlantic City, 3h30 de voiture de DC et 50 000 habitants… On s’était dit, aller à la mer… En hiver, notre saison préférée pour les délices de la plage. Et cette cité, qui me rappelait les années 50, Frank Sinatra et les mafias. « Bienvenue dans la ville qui ne s’éteint jamais », nous prévient un panneau sur l’autoroute.


On débouche sur le Caesar’s Palace, le royaume des jeux made by Donald Trump. Le promoteur au cheveu vénitien est ici chez lui : Trump Plaza par-ci, Trump Riviera par-là, le Casino Taj Mahal lui appartient également. Vous jouez en ville ? Vous nourrissez Donald. Le décor extérieur des casinos est plutôt marrant, pour moi qui connaissais Le Touquet et Enghien. Pas la folie des grandeurs de Las Vegas, plutôt son cousin de province. Seule petite fantaisie, un quadrige romain…


Sous le soleil d’hiver, la balade sur les planches est paisible. Très peu de touristes, un car de sexas venus craquer quelques billets et dormir dans un Resort…


En tout, cinq kilomètres où on repère, en jetant un œil en l'air, la dizaine de casinos qui essaient d’aspirer les touristes pour ne plus les lâcher jusqu’à expiration de la carte de crédit… Sous les panneaux géants, et au milieu de trouées qui montrent que le temps n’est plus de la gloire d’après-guerre.


Sur un mur de casino, quelques vedettes ont posé leurs empreintes… (mon préféré, Tom Jones… Sex bomb).


A 10h du matin, Sex Machine résonne dans les hauts-parleurs devant les façades de saloons juste repeintes et éclatantes sous le soleil de satin. L'impression d'être à Cinecitta, dans un décor qui va être jeté demain.


Et puis, au milieu des casinos, on tombe sur le monument édifié par le New-Jersey en hommage aux victimes de la guerre de Corée. On le parcourt comme le reste… Paradoxe. Tout est équivalent à tout ? Non, mais tout est juxtaposé ici. Comme Donald Trump, qui n’hésite pas à se frotter en 2000 à une drôle de paroissienne. La reconnaissez- vous ?


C'est Rudy Giuliani, époque Drag queen. Vraiment pas bien pour un Républicain.

Quant au King du football-Kung-fu, il s’autoparodie dans cette pub. Le tryptique final est savoureux comme un bon Dubonnet.


Dès qu’on quitte les planches pour aller vers le centre d’Atlantic City, on arrive sur des dizaines de parkings, des trous dans le sol en attente de fondations, des petits immeubles posés ça et là.

Plan urbain sauvage : Casinos et décors sur le front de mer, puis magasins discount et population noire pauvre sur les avenues parallèles. Les plus riches vivent à l’extérieur de la ville.

Le retour de la revanche de la gloire passée d’Atlantic City est annoncé depuis des années. Le Las Vegas de l’Est devait naître demain avec trois nouveaux casinos et 7 milliards de dollars investis. Mais j’apprends dans le journal local d’hier que les projets prévus pour sortir de terre en 2011 sont en pointillé. Avec la crise du crédit qui touche durablement les Etats-Unis, l’argent est cher à emprunter. Les pelleteuses risquent de ne pas creuser pour un moment.

Nous allons ensuite rendre visite à Lucy à Margate (quelques encablures d'Atlantic City). On ne peut pas monter dedans, on est en hiver, mais l’éléphante de 20 mètres de haut se laisse prendre en photo.

On roule le long de la côte, avec l’impression d’un paysage neutronisé. Absolument personne dans les rues. On est dans un film, maintenant, c'est évident. Sur des dizaines de kilomètres, des maisons à louer pour l’été, identiques, des mobil-homes en vente à 200 000 dollars. "A quelques pas de la plage", disent des centaines de panneaux…


Arrivés au bout de notre route, nous pénétrons dans le State park (5 dollars l'entrée). Encore quelques kilomètres seuls, on lâche la voiture, pour nous promener au hasard, sous un vent glacial… Au bout d'un chemin, on tombe sur une cabane… fabriquée de bric et de barques… Personne. L'homme, sans doute un chasseur de canards, doit venir à l’automne… Des leurres en bois (les collectionneurs américains s’arrachent les plus anciens) regardent au large le bras de mer, presque l'Atlantique…



La chanson du jour : "La Ritournelle" de Sébastien Tellier.


Et la liste des "plaisirs de la plage en hiver"
- Pas grand monde
- On se sent bien, tranquille, dans la nature
- Ramasser des coquillages, des milliers de coquillages nous attendent
- Ne penser à rien ou à pas mal de choses qui s'effacent au moindre coup de vent
- Avoir froid
- Marcher, en baissant la tête, en regardant ses pieds, tout au bord de l'eau, les mains dans les poches
- L'envie de rentrer
- Se souvenir de la dernière fois où on avait froid sur une plage
- Le café chaud, c'est pour bientôt
- Se sentir vivant
(maintenant, à vous de jouer)

19 commentaires:

COCO a dit…

Les plaisirs de la plage en hiver je connais bien ces moments, mes parents vivent au bord d'une plage normande .
J'ai aussi apprécie la plage d'Atlantic City en février.
WAouh! quel froid il y avait , mais on était tellement bien installés au chaud à Borgata (doré le jour , bleu/violet la nuit) dans une très belle suite avec beaucoup de dollars , qu'on a vite oublié le froid .

la Mère Castor a dit…

le plaisir de la plage en hiver ? Tout ce que tu as dit, mais aussi ne PAS se mettre en maillot de bain, bien sûr.

Les Pitous a dit…

D'autres plaisirs des bords de mer en hiver : Se casser la figure sur une plaque de verglas à cent mètres de l'aiguille creuse; avoir l'impression que la terre tourne au ralenti; profiter du moindre rayon de soleil; être stupéfait de voir que certains se baignent malgré tout; profiter du décor sans être agressé par une lumière trop crue...

Llyn a dit…

Simplement se laisser prendre par la beauté d'une plage déserte, avoir le visage fouetté par le vent et se dire qu'un chocolat chaud nous attend en rentrant, respirer profondément, avoir l'impression que le monde nous appartient, pouvoir s'y balader à cheval sans que ça ne gène personne et galoper, galoper, galoper pour avoir l'impression de voler!
*ca se sent que la côte bretonne me manque, là? *rires* *

Jolies photos! On a presque le même éléphant par chez moi ^^ mais ici, il est plus mécanique apparente.

Llyn

Flo a dit…

Ah, contente de te lire a nouveau, Yibus. Merci pour ce carnet de voyage, bien agreable a lire et a regarder.
Moi, j'adore courir dans tous les sens a la plage (heureusement, maintenant j'ai l'excuse de jouer au loup avec ma fille), alors il vaut mieux qu'il n'y ait pas trop de monde et qu'il ne fasse pas trop chaud, d'ou une preference pour la plage en hiver, moi aussi.
J'ai bien aime ton diaporama de plaques d'immatriculation et m'en suis inspiree pour mon blog. Je suis d'abord allee sur Flickr, que je n'ai pas du tout aime, puis j'y ai regarde d'un peu plus pres et j'ai compris comment tu avais fait.

Marie a dit…

Alors je ne sais pas si ça m'a donné envie d'aller faire un tour à Atlantic City tout ça, mais au State park, comme toujours, oui.
Pour la plage en hiver, c'est le vide et le silence que j'aime, et la bonne odeur d'iode plutôt que celle d'huile solaire ou de friture. Et comme il n'y a personne, la plage est lisse, le sable ratissé par le vent, et c'est plus joli.

isa a dit…

Les plaisirs de la plage en hiver, je connais : Noirmoutier, et Fromentine, un week end/pont du 11 novembre le plus souvent, le vent, les coupe-vents, la mer, le sable, la plage, les coquillages, les bottes en caoutchouc ....et nous !!!

La reine du chateau: a dit…

Les plaisirs de la plage en hiver... les longues balades-meditation... le vent qui s'engouffre dans tous les recoins... le silence...
moi je n'aime la plage que l'hiver!
est qu'Olaf ira a Atlantic city? ;-)

Solange Belém a dit…

Olá, não sei se entende meu idioma, mas quero dizer que o seu blog é muito interessante, e as postagens são de muito bom gosto.
Solange - Brasil

Yibus a dit…

@coco : on était dans un Super 8 hôtel, à côté de la mer qu'on voyait, même à travers les vitres le matin, c'était pas mal du tout... Mais le Borgata, bingo...

@la mère castor : pour toi, un secret à queue plate... (en été, ne pas se mettre en maillot de bain non plus)

@les pitous : ça a dû être un sacré luuping (euh, Lupin, aiguille creuse, ça c'est fait...)...

@ llyn : ah, faire du cheval sur la plage, ça doit être grisant quand tu es seule, avec le bruit des sabots sur le sable mouillé... Hum, hum, bien bien comme sensation...

@ Flo : merci, merci... Pour les photos, j'ai finalement enlevé le diaporama car il mange pas mal d'espace mémoire et puis il recommence à chaque fois par le début... C'est d'un lassant.. Finalement, j'ai opté pour un nouveau blog sur lequel j'aurais plus de latitude pour exprimer cette nouvelle passion débordante pour les plaques d'immatriculation... Ah, la folie des grandeurs...

@marie : pas mieux. Il faut dire aussi que j'adore les usines désaffectées, les vestiges de l'ère industrielle, et les vieux hôtels des années 30 qui ont encore l'enseigne "hôte du progrès"... La saudade, quoi...

@isa : tes bottes me font penser à un truc. Je crois que ce plaisir, c'est celui des gamins qui s'amusent à marcher dans les flaques... Je fais la même chose en regardant pas terre près de la mer...

@la reine du château : non, Olaf n'ira pas à Atlantic City mais si Olaf arrive vers le 15 avril, il fera le tour de la Nouvelle-Angleterre et je le mettrai dans l'avion à New-York... Et on pourra jouer quelques jetons en sirotant une Bud bien fraîche... (oups...)

@Solange Belém : bom-dia, e bem-vindo sobre meu blog. Compreendo a vossa língua mas não o falo efectivamente. J'ai utilizado um tradutor para escrever esta palavra. Haverá faltas. Sou adulada muito da vossa visita. Aquilo faz-me muito prazer. J'adore o Brasil, e um país maravilhoso. Houve com a minha mulher para a nossa viagem de casamentos há onze anos, à Rio de Janeiro e o Salvador de Bahia. J'ai muito gostado Ouro Preto. Onde habitam? A cedo (thank you Lexilogos)

La reine du chateau: a dit…

ahhh il va etre beau au retour le Olaf! il va puer la biere! ;-)

Olaf le nain a dit…

wow j'ai hate d'arriver moi!
et juste pour que tu le saches... l'archeologue ne m'a rien file... ni a manger... ni a boire! argh!
et puis euh oui c'est beau la mer l'hiver... c'est mieux que l'interieur d'un enveloppe en avion!

Yibus a dit…

@ la reine : pardon, s'il vous plaît... Hein, mais, Miss la Reine, toute reignante que vous êtes, vous ignorez un des grands plaisirs de ce bas-monde ; le rotage de bière (aussi bonne à l'aller qu'au retour disaient les anciens qui ne manquaient pas de sagesse) (uh, uh)

@ olaf : ne t'en fais pas, tu seras bien ici au States, on a de fort belles enveloppes Kraft avec des bulles dedans (et si tu sais lire, tu as un super jeu, c'est écrit U.P.S. ou U.S P.O.S.T.AL. sur les enveloppes)... Quant aux repas, je n'en parle même pas, ça me remue trop les sangs (^^)

Rodolphe a dit…

- Raconter l'histoire triste, la ponctuer d'un "fucking waterproof pigeons", et remonter son col.

Yibus a dit…

@rodolphe : écouter "sunday morning" du Velvet au Master blaster sur le sable mouillé, écrire ave le pied les lettres d'un haïku dévasté deux heures après par l'ondée...

Woodchuck a dit…

Alors c'est comme ca qu'on ruine sa petite famille : Atlantic City !
Remarque j'aime aussi le charme des endroits surannés. Deux endroits m'ont marqué : Coney Island dans la banlieue de New York avec ses roller coaster envahis par le lierre et le Prater à Vienne en Autriche, un parc d'attraction qui fleure bon les années 50. Bon je prépare mes valises pour Vegas...

Yibus a dit…

@ Woodchuck : dis bonjour de ma part à la tour Eiffel et au gondolier du Venezzia...

Sixtine a dit…

Ne pas avoir à se tartiner de crème solaire, aussi.

Et Tom Jones est mon idole, je craque sur sa voix, sooooooooo sexy

(toi tu causes trop bien le portugais c'est un bonheur ^^)

Yibus a dit…

@ sixtine : l'homme a du coffre, en effet, entre Barry White et une basse chantant "minuit chrétien"... Qaunt au portugais, ma fois, Internet (et Lexilogos) m'ont permis d'accomplir cet forme d'exploit qu'est ce mail. Commentaire de proches : "tu me troues le c.." (dixit Gainsbourg, hein, d'abord...)